Revue Z n°15 Montagne limousine
15,00 €
Depuis les plantations d’arbres qui quadrillent la Montagne limousine, la revue Z s’attaque à la sylviculture industrielle qui détruit les sols comme les corps des personnes qui y travaillent. Avec celles et ceux qui se battent pour des usages populaires et collectifs des forêts, on tente de faire entendre des voix trop souvent recouvertes par le vacarme des machines.
192 pages – 21 x 30,9 cm – 15 €
ISBN 9782491109073
Présentation / Hé ! Z, t’es qui toi ?
BD / Qui fait forêt ?
Entrons par la porte naturaliste
Analyse / Les forêts, du fantasme occidental à l’émancipation décoloniale
Servir des arbres sur un plateau
Carnet / Forêt assignée douglas
Micro-journal d’une transition à la lisière du monde cis-industriel
Enquête / Tout est chaos
L’industrie passe, la Montagne trépasse
Histoire / Des marches qui débordent
Manifester et chanter contre l’enrésinement
Chrono / Planter pour mieux régner
Fragments d’histoire de la monoculture forestière
Décryptage / La ruée vers l’or (vert)
Quand les entreprises se mettent à planter, c’est qu’on s’est planté·e !
Coup de gueule / Des forêts participatives et des colonies
Quand le « dominer moins pour dominer mieux » colonial annonce le « faire mieux avec moins » néolibéral
Extraits / « La bête que j’ai été »
De La Réunion à la Creuse, histoire d’une déportation
Tournée illustrée / L’épicerie ambulante de Tarnac
Entretien / « On chante des slogans soudanais dans la campagne française »
Anwer Aljazar, exilé plusieurs fois
La filière bois, les corps trinquent
Infographie / Être grume
Mais que deviennent tous ces arbres coupés ?
Enquête / Le capitalisme en dents de scie
La disparition programmée des scieries locales aura-t-elle lieu ?
Témoignage / « On voit des choses qu’un chauffeur d’autoroute ne voit pas »
Sylvie, un camion pour seconde maison
Reportage / D’où vient le papier de « Z » ?
Plongée dans une cuve de pâte à papier
Chorale / Non à la Montagne-Pellets !
Récit d’une victoire contre un entrepreneur de l’«énergie verte »
Histoire / Le câlin qui cache la forêt
En Inde, femmes et ouvriers contre l’industrie forestière
Entretien / « Le trottoir, c’était ma scène »
Samantha, vingt-sept ans de tapin au bois de Boulogne
Enquête / Tronço, bouleau, dodo ?
Les bûcherons ne se laissent pas abattre
Témoignage / « On est comme des esclaves »
Rahou, bûcheron sans vacances
Témoignage / « J’aime mieux être dirigé par le temps que par la finance »
Dévy, au jour le jour
Expériences croisées / « Pour tronçonner ensemble, pas besoin d’être des professionnelles »
La mixité choisie appliquée au bûcheronnage
Histoire / « Comme les Français ne voulaient pas travailler dans la forêt, ils ont fait venir des étrangers »
Récits croisés de migrations familiales organisées
Témoignage / « J’ai payé ma première mobylette avec des champignons »
René, conteur-cueilleur
Pas de forêts, pas de paix
Reportage / French camp-camp
À La Courtine, le ballet des blindés
Reportage / Promenons-nous dans les bois, tant qu’la police n’y est pas
Si la police y était, elle nous verbaliserait
Outil / Face aux assassins de la forêt, sortez les briquets
Sabotage, le nouvel écogeste
BD / Clic
Regards sur le paysage
Entretien / « La forêt, j’en suis juste une habitante »
Camille : vivre au rythme des cueillettes
Reportage / Qui vous a donné ces terres ?
Chronique d’une occupation villageoise au Zimbabwe
Hommage / « Paraulas per questa terra »
Marcelle Delpastre, paysanne et poète
Analyse / Que reste-t-il des communs forestiers…
… et des luttes pour les défendre ?
Témoignage / « La mort est anticapitaliste »
Hélène, membre du collectif Par la racine et conseillère funéraire
Et aussi
Outils / Nous rayonnons plus fort
Bure, août 2021, un camp autogéré contre le nucléaire et son monde
Portfolio / « L’école est à nous ! »
À São Paulo, des images contre la police et l’oubli
Témoignage / « La taule a réduit mon corps à son plus petit souffle »
Camille, inculpée pour terrorisme
Reportage / Contrôler n’est pas mon métier
Retour sur la lutte des bibliothécaires contre le passe sanitaire
Courrier des lecteurices
Médias limousins
Mars 2022. Le symbole « Z » envahit les écrans télé, visible sur les chars d’un dictateur russe qui massacre des civil·es ukrainien·nes ou sur les affiches de campagne d’un candidat d’extrême droite à la présidence française. À notre grande tristesse, le fascisme a rendu odieuse l’une de nos lettres préférées… Sans compter qu’une pénurie internationale de papier avait déjà hypothéqué la publication de ce numéro quelque temps auparavant. Fallait-il y voir un signe ? Le moment de changer de format ? de nom ?Ou carrément d’arrêter cette revue au long cours, réalisée patiemment dans l’espace d’un an ? Mais nous avons tenu bon et, à défaut de trouver notre autonomie face à l’industrie capitaliste du livre et sa temporalité chaotique, nous avons remonté la filière de la pâte à papier et plongé dans les méandres de l’industrialisation des forêts.
Nous avons convergé depuis le Finistère, le Perche, les Cévennes, la Drôme, Lyon, Marseille ou encore la région parisienne vers les sous-bois aux couleurs d’automne de la Montagne limousine. Depuis un siècle, sur ce bout de terre du centre de la France, des arbres ont été plantés en rangs bien serrés et la machine industrielle forestière s’est mise en branle, maltraitant inlassablement les corps et les écosystèmes. Une réalité bien loin de la forêt fantasmée par les chantres du développement personnel qui y voient une possibilité de déconnexion et de ressourcement, ou par les classes aisées qui la prennent d’assaut pour y télétravailler au grand air.
Derrière le mirage vert d’une filière qui se prétend écolo et renouvelable, les suicides se multiplient parmi les salarié·es de l’Office national des forêts et de gigantesques coopératives forestières accaparent la « ressource bois ». Les entreprises les plus fortunées rachètent et plantent des arbres à marche forcée sur des terres paysannes, prétendant ainsi compenser leurs émissions de CO2. Tout cela avec le soutien du ministère de l’Agriculture et plus largement de l’État, dont la police n’hésite pas à s’acharner sur les habitant·es qui tentent de faire exister un autre discours sur la « gestion » de la forêt.
Depuis les sentiers à l’ombre des bois, on a suivi le bruit des tronços et des abatteuses autant que l’écho des chants de lutte. On a écouté les récits de celles et ceux qui ont été arraché·es à leurs territoires, anciennes colonies, pour fournir une main-d’œuvre bon marché à l’industrie galopante et qui, malgré l’épuisement, ne se laissent pas abattre. Ou encore de celles et ceux pour qui la forêt est une question de survie, un espace de refuge, et de toutes les personnes qui, à la lisière des logiques productivistes, tissent d’autres rapports aux mondes forestiers en expérimentant des imaginaires et des pratiques émancipatrices.
Montreuil-sous-Bois, le 2 avril 2022